Pour Edith l’ombre est lieu de toute émergence, elle est le territoire de l’apparition.

Car pour le photographe du corps, il ne s’agit pas de dire « l’apparence » mais « l’apparition », la survenue du corps comme une naissance perpétuée. 

C’est un pacte avec la lumière : chercher dans tout instant où elle survient, dans ce temps suspendu le moment essentiel.

 

Dans un grand nombre de photos, la peau est touchée, malaxée, balafrée de terre, d’empreintes. Tout se passe comme si le modèle aspirait à devenir le statuaire de son propre corps, à en bouleverser l’apparence. Jamais cela n’est décor et toujours cela semble pulsion venue de l’intérieur.

 

Pour dire avec force l’élan vital qui nous fait être, Edith n’hésitera pas à user des artifices paradoxaux de la théâtralité. Le fard sur les visages ou les corps loin de dissimuler leur réalité profonde transformera le fugitif de la pose, la fugacité de l’expression en une présence immanente.  Dans une série comme « Shamrodia » de 2015, dans les « Masques » et dans bien d’autres encore la peau du modèle a été enduite de matières terreuses ou farineuses comme un fard primitif donnant au corps ou au visage l’apparence d’une statue immémoriale. Le recouvrement éloigne pour un instant la référence à la photographie de « nu » et à toutes ses conventions. Et l’évidence apparaît : Edith est de la famille des sculpteurs ou du moins elle sait traduire dans ses photos le geste du modeleur de glaise pétrissant la matière terreuse comme l’affirmation hiératique du tailleur de pierre posant au-devant de l’espace un corps dressé. Il serait absurde de croire que le photographe construit son monde personnel par le seul face à face avec le modèle vivant. Son regard s’est élaboré aussi dans l’admiration des œuvres du passé. Le photographe sait être statuaire et Edith nous parle aussi de l’idole debout et du souffle de l’Ilisos de Phidias et de l’emportement du Bernin.

 

Les oeuvres d’Edith disent avec une force singulière le dangereux et douloureux combat de l’être pour qui vivre est perpétuelle résurrection. Loin de l’esthétisme facile elles nous parlent de l’essence même de chaque être vivant. L’œuvre de l’art est parcours et au fil des séries de photos, inlassablement, obstinément, profondément une réflexion passionnée nous conduit à ressentir l’immémoriale lutte contre l’effacement …

 

  

Hervé Duetthe

 

 

 

Biographie 

 

édith est née en 1973 en France

Elle vit et travaille en région Parisienne

 

Elle réalise ses premières photographies à l’âge de 12 ans. Trois ans plus tard, elle intègre l’A.F.O.M.A.V. (Association pour la Formation aux Métiers de l’Audiovisuel). Son maître d’apprentissage, Jean-Claude Lefranc, lui enseigne les méthodes et techniques traditionnelles de la photographie. Durant ces 3 ans de formation, édith travaillera sur des combinaisons inattendues des parties du corps où règnent les ombres et l’étendue discrète de la lumière.

En parallèle, édith réalise des photographies de spectacle ; elle rencontre alors Marc et Brigitte Enguerand  « Agence Enguerand-

Bernand », mais aussi Pierre-Anthony Allard du studio Harcourt.

Plusieurs expositions jalonneront dès lors son parcours : tout d’abord dans le studio où elle travaille, à la Foire Internationale de la Photographie à Bièvres (elle y reçoit le 1er prix « Laurent Biancani ») ; puis dans de nombreuses galeries parisiennes (galerie Daguerre, galerie Nesle, galerie Ars in fine, galerie Duchamp...). Elle participe à plusieurs expositions de groupe dont : « et la femme créa l’homme » à l’Espace Belleville à Paris (commissaire, Francis Parent) ; « George Sand, interprétations 2004 » aux Cordeliers à Châteauroux, avec Ben, Cueco, Erró, Ernest Pignon-Ernest....

En 2004, édith s’éloigne de la photographie traditionnelle et expérimente les installations. Elle réalise « l’homme » et « Bas relief », audacieuse synthèse entre le photographique et le sculptural, exposée à Magny-en-Vexin (95).

En 2006 et 2007, dans le cadre de l’événement « Lumières d’octobre », elle installe des œuvres monumentales au cœur de deux quartiers d'Ermont : « Mains des habitants du quartier passerelles carreaux » et « Regard des habitants du quartier des espérances ».

En 2009 et 2010, elle présente une projection photographique des « limites des habitants du 3ème » dans la galerie Dialogos et à la Mairie du 3ème arrondissement de Paris. À l’occasion de la journée de la femme 2009, elle réalise un projet avec les femmes du quartier du Bois de l'étang à la Verrière (78) : « Auto-portraits de femmes » ; et en 2010, avec des enfants du même quartier, elle crée « Espace dans mon quartier".

Edith est invitée, d'avril 2010 à février 2011, à réaliser un projet artistique dans le cadre d'une résidence dans le StudioLAB# du Chaplin à Mantes la Jolie. La durée de la résidence lui permet d'élaborer plusieurs thèmes de rencontres pour solliciter la participation de mantais dans ce projet. De ces rendez-vous, édith propose de réfléchir à ce qui résulte du regard de l'autre.

De septembre 2012 à juin 2013, elle réalise une deuxième étape de travail sur « le regard de l’autre » en résidence à Rambouillet.

En 2015 pour l’association Oksébo, elle présente en duo avec l’artiste Cécile Laissus « les Assoiffés » au Château de la Roche-Guyon, une œuvre qui nous interroge sur le regard que nous portons sur cette moitié de l'humanité condamnée qui ne disposent pas d'une eau saine, buvable et accessible.

Depuis plusieurs années, édith réalise des interventions artistiques pour l'association "la Source" Créée en 1991 par le peintre et sculpteur Gérard Garouste.

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